L'éloge de la patience

   Les grandes premières historiques telles que les avancées de la recherche, la découverte de nouveaux territoires ou les grandes inventions, ont gravé dans le marbre le nom de leurs protagonistes comme étant les pionniers (l’on pensera à Pasteur, Christophe Colomb, Vasco de Gama, Graham Bell ou Thomas Edison). Etre le premier était une conséquence, c’est aujourd’hui une raison d’être. Cette tendance narcissique est de plus en plus observée dans notre société. La chasse au scoop en est un parfait exemple, qu’il concerne les medias en continu ou les réseaux sociaux. Il faut « sortir » l’information avant son voisin et tant pis si elle n’est que partielle, voire complètement fausse comme c’est souvent le cas sur les réseaux sociaux.

 

   Dans ce monde hyper connecté où chacun cherche à être le premier, il est parfois bon de prendre un peu son temps. Tout d’abord parce que la rapidité est généralement un ennemi de la qualité. Comme un journaliste a besoin de temps pour enquêter, interroger et recouper des informations, le vigneron a besoin de temps pour faire son vin. La macération, les fermentations, l’élevage, nécessitent de la patience pour parvenir à un résultat abouti. Parmi les nombreux exemples, La Rectorie a décidé de ne sortir son Argile 2016 qu’après l’été, estimant que la finesse et la complexité de son vin ne seront révélées qu’après un élevage plus long. Voilà un choix mué par une exigence de qualité, et non par la volonté d’être prêt très vite pour satisfaire la clientèle estivale.

 

   La précipitation veut parfois que le vin à peine mis en bouteille soit aussitôt proposé à la vente. Or, la mise en bouteille nécessite un temps de repos pour le vin. En effet, le vin est quelque peu secoué, comme après un transport, et a besoin d’au moins une quinzaine de jours avant d’être dégusté. C’est encore plus vrai dans le cas d’un vin qui n’est ni collé ni filtré, car les particules conservées en bouteille sont en suspension, et ont besoin de temps pour se redéposer.

   Je vous invite donc à la prudence quand on vous vend un tout nouveau vin, fraîchement sorti, uniquement parce que le vendeur souhaite satisfaire son propre ego et pouvoir dire : j’étais le premier. Un (bon) caviste connaît ses vins et vous dira quand un vin est prêt ou quand il doit attendre. Pas sûr que ceux que j’appelle « distributeurs », qui se réclament du métier de caviste, puissent en dire autant.

 

 

   Comme d’habitude, faîtes vous confiance : goûtez, goûtez, goûtez !

 

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Commentaires : 2
  • #1

    TIAR (mercredi, 19 juillet 2017 22:46)

    Tout a fais d'accord nous sommes a une époque ou tout le monde est préssé et evidemment la guerre de l'argent ,a mon époque on buvais des bons vins agé au moins 3 a 4 ans cette époque est révolue

  • #2

    Fournier (jeudi, 20 juillet 2017 18:10)

    Et pour parodier le message précédent, je rajouterai qu'à mon époque (visiblement révolue) on commençait par maîtriser le français avant de vouloir être le premier à rédiger un manifeste quelque peu indigeste...